• Fallait-il donc, en plus de lui infliger une peine de prison incompatible avec un retour en liberté avant sa mort, salir le lanceur d'alerte Bradley Manning ? On notera que la qualité de son travail et de ses analyses le rendait en fait indispensable à la NSA, ce qui n'est pas très cohérent avec les accusations....

    Fort Meade (Etats-Unis) (AFP) - La taupe de WikiLeaks Bradley Manning souffrait d'un "déséquilibre mental" lié à son identité sexuelle et provoquant des épisodes colériques, mais jamais son habilitation secret-défense ne lui a été retirée, a affirmé mardi à la juge son superviseur direct.
     
    Lors d'une audience sur la base de Fort Meade, au nord de Washington, destinée à déterminer la peine de prison que devra purger le jeune homme condamné pour des faits d'espionnage, le sergent première classe Paul Adkins a raconté comment il avait retrouvé un jour en Irak le jeune analyste de renseignement recroquevillé en position foetale sur le sol, un couteau à ses pieds.

    Si Bradley Manning a jugé nécessaire de faire connaître tant de faits, c'est bien parce que les agissements du gouvernement étaient si pervers qu'il fallait en avertir les citoyens. Et ceci, quelles qu'en fussent les conséquences pour le lanceur d'alerte. C'est ainsi qu'a été alimenté Wikileaks, avec un succès mitigé tant le couvercle a été vissé par les médias contactés par celui-ci à des fins de publication.

    Les agissements des politiciens dans le monde, États-Unis en tête, sont devenus si atroces que ne pas les dénoncer si l'on en a la possibilité se résume tout simplement à une vraie complicité. Il y a eu Abou Ghraïb, il y a toujours Guantanamo, il y a eu ces transferts de prisonniers au cours de vols secrets au-dessus de l'Europe avec la complicité des autorités locales, et probablement il y a bien d'autres choses dont la teneur n'a toujours pas été découverte et dénoncée.

    Désormais, le statut du lanceur d'alerte se heurte à un véritable mur de la peur, peur par "les Autorités" de voir dévoilées leurs turpitudes, leurs dérives, leurs crimes. Car il semble bien qu'avec le temps, ces manœuvres sont de plus en plus employées au point d'être plus courantes, peut-être parce que plus efficaces que de vraies guerres, moins coûteuses pour ceux qui les lancent en financement, en matériel, et accessoirement en humains.

    Joseph MacCarthy
    Avec moins de retentissement (pour le moment), ne s'agit-il pas d'une campagne assez similaire dans sa violence au maccarthysme des années 50 ?  A l'époque furent ainsi exécutés les époux Rosenberg pour espionnage. D'ailleurs assez symptomatiquement, le maccarthysme  s'en prenait avec application aux homosexuels considérés au moins comme de mauvais citoyens. Ce genre d'accusation ressurgit ici, plus feutrée.

    Ne nous leurrons pas : cela existe aux États-Unis, mais cela existe aussi en France, à ceci près que les accusations à caractère sexuel n'émanent que de groupes plutôt maigres et loin du Pouvoir.  C'est plutôt du côté du nucléaire, sujet tabou s'il en est, que se lèvent ceux qui ont quelque chose à dénoncer, et que les autorités réagissent avec nervosité (repenser aux actions de Greenpeace, dénonçant la sécurité déficiente des centrales), mais aussi du côté de produits pharmaceutiques dangereux (Irène Frachon et le Médiator), ou encore de celui de l'abus de sel dans les aliments tout prêts (Pierre Menneton par exemple).

    Actuellement, le sujet le plus dangereux, parce que impliquant la planète entière sur des milliers d'années potentielles, est le nucléaire civil ou militaire (le risque est le même). Encore ce matin, des révélations nous parviennent concernant des faits non encore évoqués concernant le réacteur 4 de Fukushima, et en particulier une certaine piscine technique pour combustibles neufs qui serait contaminée elle aussi. Il est peu probable que les grands médias s'en emparent.

    Lanceurs d'alerte : plus vous risquerez de représailles à vos actions, et ce malgré des dispositions judiciaires et légales pour tenter de vous protéger, plus ces actions seront nécessaires. Hommage à Edward Snowden, à Julian Assange et surtout à Bradley Manning.


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