• Le piège de l'Empire nommé régionalisation

    A tort ou à raison, l'Histoire de notre pays démontre sa "jacobinisation" progressive à partir du royaume de Charles le Chauve, créé lui-même à partir des traités de Verdun (843), de Meessen (870) et Ribemont (880). Malgré diverses fluctuations, la base est déjà donnée, que renforceront Philippe le Bel, Charles VII, et de façon plus volontariste et populaire la révolution française.

    Dès les années cinquante, des initiatives aboutissent, ayant pour but de décentrer le processus de décision (1954 les régions de programmes, 1963 les régions administratives, 1972 la région devient un établissement public, 1982 c'est la décentralisation proprement dite, 1999 c'est le mode d'élection des conseillers régionaux qui est clarifié, 2002 se créent les TER, et la Corse gagne son autonomie, 2004 cet état de fait est inscrit dans la Constitution). D'autres restent sur le bord du chemin, comme celle de 1969 qui verra le départ de Charles de Gaulle -elle sera reprise avec des aménagements plus tard - et celle de 2010 modifiant la structure même de la région et affaiblissant le département, qui dans les faits ne verra pas le jour.

    Une fois de plus, on notera que le recours au peuple, en 1969, se soldera par un échec de la volonté politique face à celle des citoyens. Cela n'empêchera aucunement, comme plus tard en 2005, d'outrepasser ce refus. En fait nos concitoyens ont parfaitement intégré cette entité nationale, refusant, quand on leur permet de donner leur avis, soit de la diviser (1969), soit de l'intégrer dans un machin supranational (2005). Le "Vive la Nation" de Valmy est toujours présent.

    C'est dès la fin de la guerre que des hommes, cornaqués par de "bonnes âmes" d'outre-Atlantique, ont commencé à mettre sur pied une Europe économique. Petit à petit, insensiblement cette nouvelle donne économique est édifiée par des Européens sous l'égide intéressée des États-Unis. Un débouché à l'économie puissante et à la politique commune quasi-inexistante ne peut être que très intéressant. C'est pourquoi les Jean Monnet, Robert Schuman feront de longs stages aux States, avant de devenir les hommes d'État européens que l'on connaît.

    Rappelons le contexte des différents pays qui composent cette Europe, au départ. L'Italie, même aujourd'hui, est encore mal unifiée, le Mezzogiorno restant nettement à la remorque. Cela explique les succès, par moments, de mouvements centrifuges comme la Ligue Lombarde. La Belgique est toujours déchirée par les velléités flamandes de quitter le navire. L'Allemagne, longtemps coupée en deux, a encore des difficultés à se sentir une âme commune, c'est sensible par exemple en Bavière. L'Espagne ne cesse de faire face à des différences non négligeables, les Catalans et les Basques par exemple revendiquent des langues et des coutumes différentes, sans compter leur répugnance vis-à-vis de Madrid.

    C'est pour cette raison qu'une régionalisation en France ne peut qu'affecter son unité, donc sa force. Qu'importe si ce découpage fait fi des vraies particularités liées à des données géographiques ou historiques. Ce qui compte, c'est d'enlever au pouvoir central parisien de plus en plus de prérogatives. N'ayant plus en face de lui que des entités nombreuses, mais disparates, le pouvoir de Bruxelles saura bien mieux les maîtriser. Ces entités régionales sont d'ailleurs d'autant plus faibles, qu'à part quelques personnalités naturelles fortes comme la Bretagne (amputée de Nantes cependant), elles sont trop artificielles pour s'imposer.

    Ainsi les volontés économiques, mais aussi politiques et militaires, de Washington seront appliquées avec diligence par les deux pinces de crabe situées en Belgique, la Commission à Bruxelles, et l'OTAN à Mons. Chaque jour, plus de cent pages de nouvelles directives sont distribuées à tous les échelons d'application dans cette Europe qui doit les assimiler, les transposer en droit local, etc... Un travail énorme, qui chaque jour un peu plus enserre citoyens et entreprises dans un entrelacs juridique et économique.

    Il ne reste plus qu'à espérer que suffisamment de citoyens des quatre coins de cette Europe des patrons de la Finance se retrouvent, se découvrent avec leurs préoccupations communes, Asturiens ou Saxons, Mecklembourgeois ou Calabrais, afin d'unifier leurs revendications et leurs forces.

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