• Note de Bab : je répercute cet appel, parce que je considère que c'est mon devoir de contribuer à ce que chacun soit conscient de notre avenir..

    (vu sur :  http://blogs.mediapart.fr/edition/revoltes/article/220415/insurrection-artistique-intellectuelle-scientifique-et-populaire-contre-la-poursuite-de-la

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    Billom, le 22 avril 2015
     Bonjour,
     Vous allez lire ci-après l’appel:
    POUR UNE INSURRECTION ARTISTIQUE, INTELLECTUELLE, SCIENTIFIQUE ET POPULAIRE CONTRE LA POURSUITE DE LA CONTAMINATION RADIOACTIVE DE LA PLANÈTE.
    Comme nos aînés depuis 70 ans, Frédéric Joliot-Curie, Günther Anders, Bertrand Russel, Alice Stewart, Rosalie Bertell, Solange Fernex, Bella et Roger Belbéoch… nous considérons que la contamination radioactive est ce qui arrive de pire pour les générations actuelles et surtout futures.
    Nous ne sommes pas dans une période historique durant laquelle de « grandes voix » s’élèvent contre la folie des hommes.
    Aujourd’hui la circulation des « alertes », des idées, des prises de position, des rassemblements et autres occupations de sites se fait au niveau des réseaux sociaux sans véritable leadership.
    C’est dans cet esprit que nous (compagnie théâtrale engagée depuis plus de 15 ans dans la prise de conscience que l’« hiver nucléaire » est en marche) lançons cet appel.

    À vous de vous en saisir, d’y répondre si vous vous sentez concerné et de le diffuser le plus largement possible.

    Comme la plupart des lanceurs d’alerte, nous n’avons aucun moyen financier pour faire connaitre cet appel.
    Nous comptons sur vous, sur les réseaux sociaux, les médias, et les associations d’éducation populaire (parmi lesquelles syndicats et partis politiques) pour élargir son audience.
    Nous proposons de coordonner et de tenir informé chaque personne qui nous donne son adresse mail à partir du bulletin de liaison de notre compagnie: QU’EST CE QU’ON FAIT MAINTENANT?
    Avec ses 58 réacteurs et 1100 sites renfermant des déchets nucléaires, la France détient le record du pays le plus nucléarisé au monde par rapport au nombre d’habitants.
    À ce titre, nous avons une responsabilité particulière et historique.
    Nous nous donnons une année pour inverser irrémédiablement le cours des choses.
    Bien à vous.
    Pour Brut de béton production, Bruno BOUSSAGOL, metteur en scène.



    texte de l'appel :
    Pour une insurrection artistique, intellectuelle, scientifique et populaire contre la poursuite de la contamination radioactive de la planète. 

    " Ce qu'il y a encore d'infernal dans ce temps, c'est de s'attarder artistiquement sur des formes au lieu d'être comme des suppliciés que l'on brûle et qui font des signes sur leur bûcher" Antonin Artaud

    Préambule 
    L’avenir contaminé de la planète par la radioactivité n’est pas une possibilité mais une réalité dont nous pouvons seulement décider d’en interrompre le cours. L’alternative étant de poursuivre sur cette voie et de nous préparer à de nouveaux accidents statistiquement annoncés.
    Deux catastrophes nucléaires ont traumatisé les populations puis ont été intégrées au cours des choses: depuis le 26 avril 1986 celle de Tchernobyl et depuis le 11 mars 2011 celle de Fukushima.
    Ces catastrophes comme celles qui menacent ont la particularité de commencer le jour de l’accident pour ne s’arrêter qu’après des dizaines d’années voire des millénaires suivant la durée de vie (on dit demi-vie ) des radionucléides « libérés »  dans l’atmosphère, la mer et les sols.

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    Sacs de déchets radioactif entreposés à proximité de Fukushima (photo d’archive)

    Nous n’allons pas faire le récit de ces catastrophes qui sont largement exposées sur le net.
    Nous voulons juste rappeler que les industries nucléaires civiles et militaires ont causé des millions de cancers et de morts depuis 70 ans.
    Il y aura effectivement 70 ans le 6 août prochain explosait Little boy (la première bonne atomique) sur Hiroshima puis le 9 août Fat man sur Nagasaki. Dés lors 2077 bombes (élégamment nommés « essais nucléaires ») exploseront dont 520 dans l’atmosphère dispersant des particules radioactives notamment à « vie longue » qui se sont disséminées depuis au gré des vents dans toute l’atmosphère terrestre. 80% sont toujours en suspension. Sans parler de l’utilisation des déchets nucléaires dans les bombes de dernière génération ni des accidents importants survenues depuis 58 ans (Windscale en 1957) dans plusieurs centrales nucléaires en Angleterre, Suisse, France, URSS et USA.
    Quant aux mines d’uranium actuellement exploitées ou abandonnées, aux déchets des centrales enfouis ou immergés dans les mers, aux sous marins nucléaires échoués ou coulés, aux déchets industriels, militaires ou médicaux, leur ravage sur le vivant croît inexorablement.
    Et que dire de la vie à l’orée des centrales.

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    Hiroshima après l’explosion de la première bombe atomique (photo d’archive)
    Nous partons de l’hypothèse que la plupart des habitants informés voudraient sortir de cet avenir contaminé mais qu’ils ne savent pas comment s’y prendre. On les comprend d’autant plus que nous-mêmes qui ne faisons que suivre nos ainés (Frédéric Joliot-Curie, Günther Anders, Bertrand Russel, Alice Stewart, Rosalie Bertell, Solange Fernex, Bella et Roger Belbéoch…) n’avons pas su interrompre cette course lente vers la contamination radioactive de l’ensemble de notre planète.

    Une compagnie théâtrale lance cet appel : pourquoi?
    La compagnie théâtrale Brut de béton production travaille le tragique depuis 35 ans. Tragique qui se décline depuis les années 50 comme théâtre de la catastrophe (une formule d’ Howard Barker).
    À l’automne 1998, nous découvrions le livre de Svetlana Alexievitch:
    LA SUPPLICATION. livre majeur du XXe siècle, livre bouleversant entre tous.
    Depuis 16 ans, nous avons réalisé 10 mises en scène de cette Epopée dantesque, en France, en Biélorussie et en Ukraine et initié plusieurs festivals et « évènements » relatifs à l’art en prise avec la contamination radioactive, avec la collaboration d’artistes ukrainiens, biélorusses, allemands, suisses, italiens, anglais, français, arméniens.

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    ELENA ou la mémoire du futur d’après Svetlana Alexievitch (photo Sophie Leleu)

    En 2006, pour les 20 ans du début de la catastrophe de Tchernobyl, nous avons  produit LA DIAGONALE DE TCHERNOBYL, une « caravane » rassemblant jusqu’à 50 artistes, de Tcherbourg à Tchernobyl et retour au festival d’Aurillac.
    Nous sommes restés un mois sur place pour participer aux commémorations et partager la vie des habitants vivant dans ou à la lisière des zones contaminées.

    En mars 2011, la catastrophe de Fukushima nous a sidéré.
    Mais notre détermination à refuser la perspective probable d’autres  accidents nous a amenés à « inventer » pour les Journées d’étude pour sortir du nucléaire  de Clermont-Ferrand en octobre 2012 un accident majeur dans une centrale française (celle du Blayais en Gironde) en vue d’offrir le procès des responsables à la sagacité des citoyens. C’est depuis 2 ans la tournée sans fin de L’IMPOSSIBLE PROCES.

    Du 11 au 15 mars de cette année, nous avons coordonné à la Maison de l’Arbre à Montreuil LE BOULEAU, LA VIGNE ET LE CERISIER (sous-titré Tchernobyl, Le Blayais, Fukushima).
    4 spectacles, un film, un bal, plusieurs expositions et débats, relayés par une cinquantaine de structures.

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     26 avril 2006: La diagonale de Tchernobyl à Tchernobyl (photo Véronique Boutroux)

    Plus le temps passe, plus l’impression que nous glissons dans « l’hiver nucléaire » est tangible.
    Aucune instance démocratique ni bureaucratique, aucun tribunal, aucune université n’ont été en mesure depuis 70 ans d’arrêter la folie prométhéenne des nucléocrates. Rien ne saurait les ébranler.
    Ni les accidents majeurs, ni la menace d’une guerre nucléaire, ni les pertes financières faramineuses, ni les chantiers sans fin, nil’accumulation des déchets, ni les études scientifiques contredisant leurs affirmations péremptoires.
    ALORS QUE FAIRE ?
    Lappel
    Il est temps que les individus éclairés de notre temps, conscients de l’imminence d’une nouvelle catastrophe nucléaire civile ou/et militaire aient du courage et se lèvent.
    L’année 2016 devrait être l’année d’une prise de conscience populaire.
    Le 11 mars 2016 sera la journée de commémoration (5 ans après) du début de la catastrophe de Fukushima et le 26 avril (30 ans après) celle du début de la catastrophe de Tchernobyl.
    Partout dans le monde ces dates seront célébrées.
    Il n’est pas acceptable que le lobby nucléaire décide de ce qu’il faudra penser, diffuser, dire et écrire.
    Dès aujourd’hui nous: artistes, journalistes, enseignants, photographes, musiciens, comédiens, bibliothécaires, artistes de rue, scientifiques, danseurs, chercheurs, documentaristes, circassiens, poètes, responsables de salles de spectacle et de cinéma, directeurs de festival, militants anti nucléaires, mettons nous au travail pour favoriser l’insurrection des consciences contre l’avenir contaminé, produire et accueillir des lectures, colloques, spectacles, conférences, expositions, projections…

    Entre le 11 mars et le 26 avril 2016, durant sept semaines que des textes soient mis en scène , d’autres lus simultanément dans plusieurs lieux, des films projetés, des photos exposées, des débats et des colloques programmés dans les amphithéâtres des Facultés, sur les places publiques, les espaces alternatifs, dans les théâtres municipaux, MJC, les Centres dramatiques et les Scènes nationales, dans les écoles et bibliothèques, dans les mairies, dans les friches.
    Quune insurrection des artistes, intellectuels et scientifiques convainque les citoyens den finir avec notre avenir contaminé par la radioactivité.
    Et que mille spectacles, livres, tableaux, ballets, concerts, reportages, colloques, poèmes, expositions et recherches s’épanouissent.

    PS : Cet appel est lancé dès aujourd’hui afin que chacun(e) puisse réfléchir, lire, communiquer, trouver  des appuis, des financements, des forums, des lieux de représentation et d’exposition.
    Brut de Béton Production se propose de coordonner cet appel à partir de sa lettre mensuelle « QU’EST CE QU’ON FAIT MAINTENANT? » .
    Vous pouvez nous joindre à brut-de-beton@orange.fr
    Adresse postale: BP9 6310 BILLOM
    Téléphone: 06 08 22 79 71
    Le 26 avril 2016
    Pour Brut de béton production
    Bruno Boussagol

    Je signe cet appel:  
         
     Nom…………………………………Prénom………………………………………....
    Structure (s’il y a lieu)……………………………………………………………..
    Mail…………………………………N° de téléphone……………………………….

    Je me propose de participer avec le projet suivant: 
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    Brut de béton production, metteur en scène Bruno Boussagol
    Téléphone: 06 08 46 69 44 / brut-de-beton@orange.fr / www.brut-de-beton.net
    Adresse courrier Brut de béton production, BP9, 63160 Billom
    Siège social 25 rue Montlosier, 63000 Clermont-Ferrand Licence n° 2-107808 Code APE 9001Z
    Brut de béton production bénéficie  du soutien financier du Conseil régional d'Auvergne dans le cadre du programme "Education artistique" et du Ministère de la Culture et de la Communication -  DRAC Auvergne pour l'animation des ateliers d'écriture et de lecture à voix haute du collectif "Parce qu'on est là".
    Conformément à la loi Informatique et Liberté n°78-17 du 06 janvier 1978, modifiée, vous disposez à tout moment d'un droit d'accès, de modification, de rectification, d'actualisation et de suppression des données personnelles vous concernant.

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  • Il est 5 heures 46 minutes 23 secondes, le 11 mars 2011, temps universel (heure de Greenwich), soit 14 h 46 min 23 s au Japon, ou 6h 46 min 26 s en France. Une date dont il faudra se souvenir.

    Sur un front de 400 kilomètres, au large de la côte pacifique du Japon, une faille se décale de 10 mètres en quelques secondes.  Elle occasionne à la fois un tremblement de terre de magnitude 9, d'une violence rare, sur la côte du Tohoku ; et un raz de marée d'une hauteur exceptionnelle. 

    La centrale Fukushima Daiichi, plus au nord que sa compagne Fukushima Daini, reçoit de plein fouet le choc du séisme, qui bouscule les installations, coupe des câbles, plonge en état de choc les employés. Déjà l'installation est pratiquement ingouvernable. Un peu plus tard, la monstrueuse masse d'eau (14 mètres de haut, alors que les protections ne dépassent pas 4 mètres) vient noyer les moteurs déjà endommagés, créer des courts-circuits....

    Les réacteurs 1 à 4 sont de loin les plus touchés. Le numéro 4 est en maintenance, donc un arrêt de refroidissement du confinement n'a pas de conséquences dramatiques. En revanche le combustible est alors dans la piscine de service, à 30 mètres de haut. Une fissuration de celle-ci serait catastrophique. Les choses sont encore en l'état aujourd'hui, même si des barres neuves ont commencé à être évacuées. C'est un processus très long.

    Pour les réacteurs 1 à 3, en revanche, c'est la débâcle. Plus de refroidissement du cœur, donc celui-ci s'échauffe. L'eau de refroidissement est décomposée, de l'hydrogène s'accumule. Le 11, le 12, le 15, d'énormes détonations confirment que le gaz a explosé. Pire, le 15 c'est la machine numéro trois qui saute à son tour. Elle est chargée au MOX, ce mélange d'uranium ordinaire, et de plutonium à 7%. Instable et terriblement délétère, ce métal diabolique entre en masse critique et provoque une explosion nucléaire spontanée. La vidéo montre très nettement, juste après un éclair, la montée très haut d'un mélange de gaz et de matériaux pulvérisés.  Les plus lourds retombent sur le site. Pour les autres, on a appris tout récemment que les masses de poussières noires retrouvées assez loin du site, proviennent de cette explosion. Empoisonnement garanti, pour tout organisme ayant été en contact avec les résidus.

    Pendant ce temps-là, les cœurs de plus en plus chauds s'enfoncent dans le sol, fondant les matériaux et le sol rencontrés, risquant à tout moment de déclencher de nouvelles explosions par contact avec les nappes phréatiques. Trois ans plus tard, personne ne sait exactement où sont ces cœurs, ni s'ils ne vont pas avoir un retour de criticité occasionnant de nouvelles explosions plus profondes.

    Les hommes de la centrales ne peuvent qu'arroser comme ils peuvent, avec de l'eau douce, mais très vite de l'eau de mer aussi, pour parer au plus pressé et refroidir comme ils le peuvent le désastre. Le mélange de ces eaux de refroidissement, des eaux de pluie qui tombent sur les réacteurs torturés, de la nappe phréatique partout présente, est stocké en masse sur le site. Les réservoirs, les canalisations, les réacteurs fuient : une proportion importante de cette eau, malgré tous les efforts, s'en va jusqu'à la mer. Les poissons en sont très affectés, de plus en plus loin de la centrale.

    Les courants, en trois ans, ont déjà réussi à transporter une partie de cette eau jusque sur les côtes pacifiques du continent américain. Déjà les saumons pêchés sur la Côte Ouest présentent un taux de radioactivité suspect. Cela s'ajoute encore aux effluents provenant des installations nucléaires US de l'Arizona ou de l'Utah. Il ne faut pas oublier, bien entendu, les poussières soulevées par les explosions, qui si elles sont assez légères ne se gênent pas pour faire en altitude le tour de la Terre.

    Trois ans plus tard, quel est le bilan ? Déjà, malgré le manifeste blocage d'information par les autorités japonaises, il est évident que " l'addition " est lourde. Fukushima a déjà expédié trois fois plus de débris dangereux que Tchernobyl, et cela continue, jour après jour. En quelles quantités ? Les chiffres sont incertains, mais très élevés. Les enfants de la région commencent à présenter des cancers, déjà. Dans cinq ans, ce sera bien entendu beaucoup plus lourd. La pollution, loin d'être stoppée, se sera étendue en quantité et en superficie. Rien ni personne ne peut la stopper désormais.

    Naoto Matsumura
    Le Japon possède 54 réacteurs. Ils sont à l'arrêt, mais certains supplémentaires sont en construction, comme à Oma tout au nord de l'île principale de Honshü, à 25 kilomètres de la ville de Hakodate, principal port de l'île de Hokkaido. Pire, il est prévu de charger le réacteur.... au MOX ! Le maire de la ville de Hakodate, soutenu par ceux des cités environnantes, bataille pour faire interdire une pareille menace si près de sa ville de 300 000 habitants. Les profiteurs n'ont-ils toujours pas compris ?

    Ce 11 mars 2014, pour le troisième anniversaire du début de la catastrophe, le dernier homme ayant refusé de quitter la zone dangereuse de Fukushima (il continue à y soigner les animaux qui restent dans le région) va être accueilli au Parlement de Strasbourg, afin de témoigner. Naoto Matsumura a bénéficié d'une solidarité internationale pour venir ainsi expliquer les dangers immenses du nucléaire. Souhaitons-lui d'être entendu ! Lui, sait qu'à moyen terme il est condamné. Mais à 54 ans il sait avoir l'essentiel de sa vie derrière lui. Au contraire, ce sont les plus jeunes, qui risquent de payer le prix fort les premiers.


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    Précisions : sur la carte, la centrale est située sur les communes d'Okuma et Fubata.  Naoto Matsumura est originaire de Tomioka, juste au sud de ces villages.





    Explosion du réacteur N°3



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  • Rappelons les faits. Le 11 mars 2011 un séisme de très forte magnitude : 9,0, ce qui est parmi les plus forts connus, a largement secoué la côte du Tohoku,  région nord-est de Honshü (île principale du Japon) . Ce séisme sous-marin, en déplaçant brutalement la lèvre d'une longue faille de 4 ou 500 kilomètres de long sur une distance de 10 mètres, a déclenché un énorme tsunami, avec des vagues atteignant 30 mètres. Le résultat en a été catastrophique pour toute la région de Sendai. Sur le moment, les informations faisaient surtout état de l'incendie monstrueux d'une raffinerie, qui fut très difficile à éteindre.

    En fait, le plus grave s'est passé au niveau des centrales nucléaires. La plus touchée fut celle de Fukushima Dai Ichi, au sud de Sendai. Une autre, Fukushima Dai Ni, n'eut que des dégâts mineurs parce que plus loin encore vers le sud. A Fukushima Dai Ichi, les installations déjà très malmenées par le séisme ont reçu le coup de grâce avec la vague de 14 mètres qui les ont submergées. Totalement hors contrôle, plus du tout refroidis, les réacteurs N°1 à 3 ont subi pleinement l'échauffement de leur cœur, qui a fondu (formation d'un corium) et a percé l'enveloppe de confinement. Cela explique des explosions, dues au gaz, l'hydrogène libéré par l'eau résiduelle de refroidissement, sur les réacteurs 1 et 2. Cela explique que le réacteur 3, chargé au MOX (mélange de plutonium et d'uranium appauvri), a pour sa part complètement divergé, comme on dit, et s'y est produite une explosion spontanée de type nucléaire. Le réacteur 4 étant déchargé, n'a pas explosé, mais sa piscine de travail contient toujours les barres de chargement qui ne doivent surtout pas manquer d'eau. Les réacteurs 5 et 6, plus au nord, ont en revanche peu souffert.

    En raison des vents et des pluies, une grande partie de l'île de Honshü a été arrosée par les émanations de la centrale, jusqu'à Tôkyô et au-delà. Voilà le danger. Le second danger provient de l'eau des nappes phréatiques, et de celle qui a servi à arroser  les installations pour éviter le pire. Toute cette eau, bien que stockée en partie, a souvent du fait de fuites inévitables dans les canalisations provisoires, réussi à joindre la mer, et elle continue à le faire à raison de 400 litres par jour. Il s'agit d'eau largement contaminée. Déjà son action se fait sentir sur des saumons pêchés au nord-ouest des États-Unis.

    Une autre partie des poussières et gaz s'échappant des réacteurs endommagés a pris la route aérienne au-dessus du Pacifique. Certes, avec la distance cette partie s'est diluée, mais une dizaine de jours après le début du sinistre toute la côte ouest de l'Amérique du Nord a été touchée. Cela explique que même en Californie, des nourrissons en quantité anormale présentent des anomalies thyroïdiennes graves. Ce sont ceux qui ont subi des atteintes faibles. Pour les atteintes fortes, le diagnostic a été plus terrible : ces enfants ont subi un décès prénatal. Le diagnostic a été plus long à établir, mais il a pu être confirmé. Ce genre de constat a été fait jusqu'au Québec, en raison surtout des neiges qui pouvaient emporter des particules plus importantes.

    Ce processus n'est pas terminé. Des gaz continuent toujours à s'échapper des réacteurs condamnés, en particulier du N°3 : la radioactivité intense qui l'entoure interdit toute approche, même avec des engins automatiques ou télécommandés. Le bombardement intense des particules détruit les circuits électroniques.  Comme on ne sait pas où sont réellement les coriums, une reprise de criticité est encore possible, en particulier au N°3. Donc une autre explosion est envisageable. Ajoutons que la piscine du N°4, pleine de barres, est perchée pour des raisons techniques à 30 mètres de hauteur. Un autre fort séisme, une autre explosion du N°3 pourraient disjoindre la structure avant qu'elle ne soit vidée - il faudra au moins un an - et les barres surtout usagées, non refroidies, pourraient devenir un terrible danger de contamination planétaire.

    Il ne s'agit pas de paniquer, mais de rappeler les faits. La routine fait qu'on finit par oublier ces dangers. Dès à présent il faut en tenir compte, tenter de prévenir les risques, de les anticiper avec méthode. Bien entendu, le danger nucléaire est maintenant démontré amplement. Cela n'empêche pas les "fondus" du nucléaire de continuer à préconiser ce mode de production d'énergie, sans tenir compte du coût très important de celui-ci quand il faut démonter une centrale en fin de vie. En fait, c'est tout simple : ces beaux Messieurs sortis d'écoles dites prestigieuses ne savent pas le faire.

    centrale de Fessenheim
    En revanche, de juteux contrats pour la construction de nouvelles unités se signent encore fréquemment, comme en Arabie Saoudite récemment. Pour les centrales en service, on se contente artificiellement d'augmenter leur durée "administrative" de vie. Un peu plus de profit sur des mécaniques "rentabilisées", mais affaiblies par le bombardement incessant des particules ; et puis, cerise sur le gâteau, pendant ce temps-là la question du démantèlement est suspendue. Excepté que, si une catastrophe intervient, l'addition sera colossale, voire impossible à régler. C'est pourtant ce qui a failli arriver le 27 décembre 1999 à la centrale du Blayais, de fort peu, quand les bâtiments ont été envahis par l'eau et que par hasard deux pompes sur une dizaine ont tenu le coup. C'est ce qui pourrait arriver, en pire, si une crue de l'Ill venait à causer l'inondation de l'installation de Fessenheim, la plus vétuste, et que le Rhin soit contaminé jusqu'à son embouchure (quatre pays concernés).

    Alors, Messieurs les nucléaristes, toujours flamboyants ? Toujours prêts à en remettre une couche, quand la situation actuelle est déjà plus que dramatique ? Il est grave que les politiciens, ceux qui décident,  soient de connivence au niveau international.  L'AIEA n'est qu'un lobby de plus, au lieu de jouer son rôle de policier du nucléaire hors de toute considération financière ou idéologique. Le Japon, le vrai, l'authentique, est en train tout simplement de s'effacer de la carte, mais rien n'y fait.  Faudra-t-il instituer (mais qui oserait le faire ?) un tribunal international pour juger tous ces malfaiteurs AVANT qu'il ne soit tout-à-fait trop tard ?

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  • transport du premier container
    A Fukushima, rien n'est résolu encore. Seul progrès, un premier container de 22 assemblages de combustible neuf a pu être extrait du réacteur N°4. Celui-ci en contient 1511, dont 1100 environ sont de produit usé, donc très dangereux et très radioactif. Si tout va bien, ce transfert dans une piscine de longue durée prendra plus d'un an. Mais personne n'en parle plus, ni des fuites qui surgissent de partout, ni des risques d'effondrement en cas d'un nouveau séisme d'importance. Tout le Japon est concerné par les retombées, en particulier des cendres de déchets : car les autorités, ces malheureuses, continuent à incinérer sans vraies précautions ces déchets dont elles ne savent que faire, et les vents font le reste, polluant la nourriture, pénétrant dans les poumons. Quant aux déchets incinérés mais toujours un peu radioactifs, ils sont incorporés dans des dalles de ciment, dans les routes... Vous étiez au courant ?

    En quelque sorte, le Monde a déjà passé le Japon entier pour profits et pertes. Une pensée pour ceux que nous connaissons, et qui vivent désormais là-bas depuis des années. Et bien entendue la pensée envers tous les autres, ceux que nous ne connaissons pas, ne doit pas quitter notre esprit.

    Japon = Titanic : mais , ô horreur, les humains vont assister petit à petit à un navire qui sombre pendant que les officiers de bord, mais aussi tous les autres capitaines, ne font rien. Il y a peut-être une raison à ce cynisme : s'agissant d'un pays doté d'une telle population, ils ont déjà considéré qu'ils ne pouvaient rien faire. Ce n'est pas vrai bien sûr : évacuer tous les enfants, au moins, serait encore possible. Je suis persuadé que bien des personnes seraient prêtes à les accueillir. Mais une évacuation de dix ou vingt millions d'enfants coûte cher, et les chefs d'États ne veulent pas payer. Alors on ne dit rien, et une belle civilisation, très délicate, va disparaître. Dans cinquante ans, il n'y aura plus de Japon.

    Et pendant ce temps-là, une autre centrale aura fait des siennes : peut-être en France, qui sait ! Et probablement l'une de celles qui existent actuellement.

    Tout cela est vrai. Le cynisme ou la résignation prédominent. Pourtant quelques-uns ou quelques-unes se battent toujours. Voici un témoignage, recueilli et transmis grâce au Blog de Fukushima. Il est dur !


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    19 novembre 2013
    Miko Tsukamoto témoigne de la tragédie de Fukushima
    Miko Tsukamoto vivait dans la ville d'Iwaki, à 42 km de la centrale de Fukushima Daiichi, avec son mari et ses deux enfants. Après avoir longtemps hésité, elle a décidé de déménager avec sa famille à KitaKyusyu, dans la préfecture de Fukuoka. Elle est depuis très engagée dans une association qui tente d'enseigner aux résidents les notions élémentaires pour se protéger de la radioactivité.
    Dans une vidéo mise en ligne à la fin du mois d'octobre, elle dénonce les informations erronées diffusées par les autorités et par les médias. Elle témoigne surtout de son ignorance passée et de la nécessité de s'informer et d'agir pour protéger ses enfants.
    Des informations officielles erronées

    Depuis le début de la catastrophe qui a affecté la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les autorités japonaises n'ont eu de cesse de minimiser les répercussions pour les populations, en faisant croire que la vie en territoire contaminée était possible. Les réfugiés qui ont du fuir la zone d'exclusion sont d'ailleurs maintenus dans l'illusion d'un retour prochain, empêchant la plupart d'entre eux de reconstruire une vie ou du moins un foyer digne de ce nom. Pour ceux qui vivent dans les zones les plus contaminées, aucune compensation financière n'est prévue et le Fukushima Collective Evacuation Trial n'a toujours pas réussi à obtenir justice devant les tribunaux japonais.
    Relevé de radioactivité dans un parc de Fukushima : la mesure officielle indique 0,186 μSv/h alors que le Radex enregistre 0,49 μSv/h.

    Dans ce contexte, il est toujours extrêmement difficile pour ceux qui souhaitent se protéger d'obtenir des informations fiables. Les mesures de radioactivité officielles sont régulièrement suspectées d'être minimisées pour rassurer artificiellement la population.

    La semaine dernière encore, une jeune maman postait un article sur le site Internet de l'association World Network For Saving Children From Radiation pour dénoncer les écarts entre les mesures de radioactivité officielles et ses propres mesures dans les parcs de la ville de Fukushima.
    La connaissance comme seul moyen de protéger ses enfants

    Face à ce constat, de nombreux citoyens japonais se sont organisés pour procéder à leurs propres mesures de radioactivité, comme par exemple pour analyser la nourriture au sein de laboratoires citoyens. D'autres se regroupent en associations pour apprendre et aider leurs concitoyens à trouver les informations nécessaires pour se protéger efficacement. Face à la perte de légitimité d'une grande partie des autorités politiques, mais aussi médicales (rappelons que le Professeur Shunichi Yamashita, président de l'Association Japonaise de la Thyroïde et Conseiller de la préfecture de Fukushima pour les risques radioactifs, considère que les gens qui sourient sont moins affectés par les radiations), les citoyens japonais n'ont d'autres ressources que d'apprendre par eux-mêmes.

    L'artiste japonais 281_Anti nuke dénonce aussi le mensonge officiel qui entoure la tragédie de Fukushima.
    C'est toute la force du témoignage de Miko Tsukamoto, qui vient rappeler la difficulté pour les personnes qui vivent au Japon de trouver des informations fiables. Elle témoigne aussi et surtout de la difficulté de résister à la pression sociale pour faire entendre une voie différente et affirmer ses propres positions face au discours ambiant. Dans l'introduction de son témoignage, Miko Tsukamoto précise qu'elle n'a pas pu tout dire, car la vérité est tellement dure que certains refuseraient de la croire. C'est ce qu'elle nomme "la tragédie de Fukushima" : la réalité est tellement insupportable qu'il n'est pas possible de la dire entièrement...
    Vidéo du témoignage de Miko Tsukamoto

    La vidéo est en japonais, sous-titrée en anglais. La traduction française se trouve sous la vidéo.

    Le témoignage de Mme Tsukamoto est accompagné d'un texte introductif :
    "J'essaie de me limiter à décrire ce que j'ai vu ou vécu personnellement, ou à ce dont j'ai parlé avec une autre personne. Donc c'est assez limité.

    Honnêtement, je pourrais parler indéfiniment des problèmes de santé qui ont nécessité un traitement médical. Par exemple, je pourrais parler du cousin d'une connaissance qui a eu un bébé plusieurs mois après le séisme - ce bébé est né avec un trou dans le cœur. Ou d'une connaissance, de ma sœur et de son mari, et d'un autre parent qui ont tous eu un cancer et ont dû subir une intervention chirurgicale. Et il y a eu près de 20 «Nii-bon» l'année dernière [service célébrant les morts de l'année précédente].

    Il y aurait de nombreux cas similaires à partager, mais je les omets à dessein - sinon les gens me traiteront comme si j'étais "mentalement affectée" par les radiations. Je ne peux pas en parler, même si je le voulais. C'est la tragédie de Fukushima."

    Miko Tsukamoto
    Réseau pour la protection des enfants du Kitakyu




    Témoignage de Miko Tsukamoto, évacuée de la ville d'Iwaki
    "J'ai évacué volontairement de ma ville natale d'Iwaki pour la ville de Kitakyushu en janvier dernier, à cause de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima du 11 mars. Aujourd'hui, je voudrais parler de ce que j'ai vu, vécu et ressenti pendant les 9 mois avant mon déménagement à Kitakyushu, ainsi que de ma situation actuelle.

    Je vivais dans la ville d'Iwaki, à 42 km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Je donnais des leçons de piano et mon mari travaillait comme employé municipal. Avec nos 2 enfants et mes étudiants, nous vivions heureux. Après le 11 mars, notre vie a complètement changé .

    La partie nord d'Iwaki était dans la zone des 30 kilomètres, mais le maire a créé l'expression de "rumeur nocive", et la zone d'exclusion a été étendue à notre secteur. Le niveau de rayonnement, qui était de 0,05 microsieverts par heure avant l'accident, est passé à 23 microsieverts. C'est 460 fois [le niveau normal].

    Le Professeur Shunichi Yamashita de l'Université de Nagasaki a lancé une campagne de masse indiquant qu'un niveau de 100 millisieverts [par an] était sûr, et cela a été largement accepté par la télévision, les journaux, la radio, les écoles et les conférences. À l'époque, les écoles ont jugé que les activités de plein air étaient sûres, même si le niveau de radioactivité était de 0,5 microsieverts, 10 fois la valeur normale.

    Comme 100 millisieverts étaient considérés comme "sûrs", les repas des écoles ont d'abord été préparés à partir de produits locaux (1 mois après l'accident). Nous avons travaillé dur pour recueillir des signatures pour annuler immédiatement la règle de la "production locale pour une consommation locale". Il a fallu attendre le deuxième semestre universitaire cependant pour que la commission scolaire reconnaisse la liberté de refuser les repas scolaires. En d'autres termes, ceux qui ont fait confiance au "principe de sécurité" ont continué à laisser leurs enfants manger les repas scolaires. Il était inutile d'essayer de discuter avec l'école ou les enseignants.

    Le niveau de radioactivité extérieur n'est pas cohérent. A dix centimètres de distance, il peut varier de 2-3 microsieverts à 5 microsieverts, ce qui représente 46 fois à 100 fois le niveau de tous les jours. Ce que je n'arrivais pas à comprendre, c'est le fait que les employés municipaux et les enseignants n'ont rien fait pour protéger les enfants contre l'exposition à la radioactivité.

    Maintenant, parlons du moment où la centrale nucléaire a explosé. Notre maison n'a subi que des dommages minimes du tremblement de terre du 11 mars. Mais nous n'avions plus d'eau courante dans Iwaki pendant 20 jours. Mes enfants et moi avons fait la queue pendant deux heures le lendemain pour obtenir notre approvisionnement d'eau au camion de distribution.

    La première explosion a eu lieu le 12 mars. Les données que nous avons vues plus tard indiquaient 23 microsieverts, 460 fois le niveau normal. Il n'y a eu aucune annonce publique locale pour nous prévenir de rester à l'intérieur, et nous sommes restés dehors pendant 2 heures entières, ignorant l'explosion.

    On nous a dit que le Japon était sûr, mais les tests sanguins ont montré que mes deux enfants et moi avons des problèmes de thyroïde, et mon fils a une pustule de 5 millimètres. De nouvelles études disent maintenant que le cancer de la thyroïde est une maladie liée au mode de vie. Si nous développons un cancer, je suspecte que l'on va nous dire que c'est à cause d'une négligence et que le gouvernement refusera d'admettre tout lien avec l'exposition à la radioactivité.

    Je voulais que mes enfants aient une anthropogammamétrie [analyse de la radioactivité du corps permettant de déduire la contamination interne, aussi appelée whole body counter] immédiatement après l'explosion. Mais je n'ai pas pu trouver une seule installation qui nous admette. Certaines personnes sont allées aussi loin que Tokyo pour se faire examiner, mais n'ont pas pu obtenir leurs propres données. J'ai appelé plusieurs endroits pour vérifier, mais aucun d'eux ne fournissait les données. J'ai donc fait une enquête au sujet des tests sanguins pour vérifier l'état de la thyroïde, et j'ai été choquée d'entendre qu'il n'y aurait pas d'examens de la thyroïde en masse à Iwaki. J'ai demandé à la préfecture de Fukushima comment je pourrais obtenir des preuves sur l'endroit où nous avons été exposés aux rayonnements, et on m'a dit que "il n'y a aucun moyen".

    Mon mari est employé municipal. Il a dit que s'il y avait quelque chose à savoir, il aurait un accès immédiat à ces informations. Mais personne ne nous a informé de l'explosion et mes deux enfants et moi avons été exposés à la radioactivité alors que nous étions à l'extérieur. Mon mari a traité un flot d'appels téléphoniques, même s'il n'a nulle connaissance de la radioactivité, et il a pratiquement mémorisé le contenu des documents distribués par le gouvernement.

    Cinq mois après l'accident, le niveau de radioactivité annoncé par la municipalité d'Iwaki était de 0,12μSv par heure. Mais quand j'ai emprunté un compteur Geiger de l'hôtel de ville, je me suis rendu compte que c'était en fait entre 0,24 et 22,14μSv par heure. Des bénévoles ont inspecté les arbres taillés et le sol, et le niveau de radioactivité était de 20 000 Bq / kg. Après avoir vu ces chiffres de radioactivité, mon mari et moi avons tous deux convenu que le gouvernement n'allait pas pour nous protéger.

    Par exemple, l'eau du robinet est "ND" [non détectable] selon le site officiel de la ville d'Iwaki. J'ai donc demandé des données sur les radionucléides tels que le strontium et le plutonium, mais on m'a refusé l'accès à ces informations détaillées sur le motif que cela pourrait "perturber les résidents". Au lieu de cela, ils nous ont donné un document expliquant que l'iode et le césium n'étaient "pas dangereux". Cela m'a rendu furieuse parce qu'ils profitaient de notre manque de connaissance.

    Ma décision d'évacuer a moins à voir avec la peur des radiations qu'avec l'attitude du gouvernement et des écoles, les mesures de radioactivité que nous avons vu de nos propres yeux, et les problèmes de santé dont ma famille a commencé à souffrir : diarrhée tous les jours, saignements de nez, aphtes, excroissances anormales à l'intérieur du nez... Ce sont les symptômes que ma famille et mes amis ont commencé à ressentir après l'explosion de la centrale nucléaire. J'ai réalisé beaucoup plus tard qu'il y a des problèmes de santé autres que le cancer qui peuvent être causés par la radioactivité.

    Ce que l’État annonce est différent de la réalité. L’État espère évidemment que les gens n'accepteront aucune violation de la loi, tandis que les employés publics ne font que suivre les ordres d'en haut. Le système d'information publique vise à nous tromper avec des informations déformées - rien n'est divulgué et rien n'est mis sous forme écrite, le tout pour gagner du temps.

    Les écoles ne protègent pas leurs élèves, nos enfants. Ils sont impitoyables envers les parents et les tuteurs qui sont préoccupés par cette radioactivité. Si je fais un panier repas pour protéger mes enfants de l'exposition à la radioactivité, ils sont victimes d'intimidation par d'autres camarades de classe. Même lorsqu'il y a eu violence physique, l'école n'a rien fait pour réprimander les intimidateurs et leurs parents, mais a préféré m'appeler pour m'"apprendre" à ne pas réagir de façon excessive à la radioactivité.

    J'ai décidé d'évacuer quand ma fille a développé une phobie scolaire. J'ai essayé de chercher des solutions pour continuer à vivre à Iwaki et j'ai envoyé de nombreuses lettres de demande au gouvernement, mais je n'ai obtenu que des réponses évasives. J'ai essayé de convaincre mes parents âgés d'évacuer, mais ils ne voulaient pas quitter leur ville natale. Mon mari pensait que c'était suffisamment sûr. Ma belle-mère refusait que nous évacuions et disait que je "dépassais les bornes". Je me suis battue contre le gouvernement, j'étais en détresse, et quand mes parents m'ont dit de considérer le bien-être des enfants d'abord, j'ai choisi d'évacuer à Kitakyushu, en laissant mon mari et mes parents âgés à Fukushima.

    Comme je vous l'ai dit, ce que disent les médias et les faits sont 2 choses tout à fait différentes. L'autre jour, un rapport intermédiaire sur l'élimination des déchets industriels a été rendu public. Il déclare qu'une entreprise de Fukushima a accepté la boue et la poussière contaminée de Fukushima, Ibaraki, Yamagata et même Kanagawa. Cette société a commencé à fonctionner avant que la ville de Kitakyushu accepte de recevoir des débris, et continue de le faire maintenant. Il y a un tollé concernant l'acceptation des débris, et pourtant les substances radioactives sont incinérées sans rechigner, même s'il n'y a pas de filtre à particules fines installé.

    Les médias sont préoccupés par les polluants atmosphériques PM2,5 [particules fines de moins de 2,5 micromètres de diamètre] en provenance de Chine, mais est-ce vraiment vrai ? Les usines de traitement des déchets industriels et les usines de ciment de Kitakyushu recyclent la cendre de charbon de Fukushima. Selon un document officiel de Kitakyushu, la pollution en PM2,5 a été multipliée par plus de 230 fois en avril de l'année dernière, et le niveau a souvent dépassé 100 fois durant les autres mois. Il ne fait aucun doute que la pollution provient du Kyushu ; en d'autres termes, c'est "domestique".

    Ce qui est arrivé aux habitants de Fukushima va bientôt affecter tous les Japonais. Je pense que ça va commencer à cause de l'air que nous respirons et de la nourriture que nous mangeons. L'autre jour, il y avait un article dans un magazine d'information local "Donna Mamma" avec les déclarations faites par des professeurs et conférenciers d'université ainsi que par des agents administratifs qui soutiennent que le niveau de radioactivité n'est pas une menace. L'affirmation selon laquelle le niveau de radioactivité n'est pas dangereux est complètement répandue au Japon.

    Alors que certains disent que la radioactivité s'est "dispersée" et que nous sommes maintenant en sécurité, les gens sont en fait en train de mourir à Fukushima. Le lendemain de la mort de mon cousin, le mari de mon amie est décédé. Je ne dis pas que tout est causé par les radiations... Mais il y a l'exemple de Tchernobyl...

    L’État refuse de l'admettre. Mais nous avons le "droit de choisir" - à partir de ce que nous entendons et voyons, et en examinant les deux arguments selon lesquels la radioactivité est dangereuse ou pas.

    Je n'étais pas au courant des dangers des centrales nucléaires, et c'est la raison pour laquelle je me trouve dans la situation actuelle. J'étais ignorante du fait que la radioctivité ne disparaît pas simplement et je tentais de décontaminer l'avant de ma maison - tout en inhalant de l'air contaminé.

    Il y a des gens qui vivent à Fukushima, en ce moment. Ils disent tous :
    "Nous sommes des cobayes après tout, et si nous essayons d'évacuer nous ne serons pas en mesure de gagner notre vie car il n'y a pas de compensation du gouvernement."
    "Je ne veux pas perdre mon style de vie."
    "Si l’État dit que c'est sans danger, alors c'est sûr."
    " Beaucoup de gens sont en train de mourir , hein ?"
    " Il n'y a rien que nous puissions faire, c'est inutile, alors pourquoi s'embêter ?"
    "Je ferais mieux de me concentrer sur des choses positives."
    Et ils continuent leur décontamination, mais les eaux usées contaminées se transforment en boue et en cendres d'incinération, qui à leur tour produisent des déchets hautement radioactifs. Les gens refusent de faire face au fait qu'ils finiront par revenir les hanter
    .

    La décontamination est inutile. Je l'ai essayée moi-même et je le sais. Le niveau diminue de 0,5 à 0,2, puis revient à 0,5 deux semaines plus tard. C'est la réalité. Où vont ces énormes quantités de sols pollués après la décontamination ? Si l’État voulait gérer de façon responsable les déchets, ils les auraient fait prendre en main par des entreprises d'élimination des déchets industriels ... mais là encore, ils seront recyclés en ciment, en poteries et en boues, et finiront par nous revenir.

    C'est important pour nous de nous reposer et de récupérer, mais cela n'aidera personne de manière fondamentale. Je crois que la seule façon de nous en sortir est de mesurer les niveaux de radioactivité et de divulguer les faits, ce qui garantit une compensation suffisante, et ensuite permettre aux résidents de Fukushima de prendre leurs propres décisions.

    Ne dispersez pas la radioactivité, mais contenez-là à l'intérieur de Fukushima. Le tombeau de mes ancêtres est à 2 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. S'il vous plaît, laissez les déchets radioactifs là-bas. Il y a beaucoup de résidents de Fukushima qui pensent ainsi, bien qu'ils y aient des tombes d'ancêtres, des maisons ou de grandes propriétés terriennes. Mais ils sont ignorés.

    En mars de cette année, je suis allé au village de Samekawa dans la préfecture de Fukushima pour arrêter la construction d'une installation expérimentale d'incinération de paille de riz, dans laquelle on a mesuré un niveau de radiation de 8 000 bq[/kq]. Une conférence de presse était prévue et tout ce que nous avions à faire était de soumettre certains papiers, mais au dernier moment, un individu qui était ostensiblement contre la construction est intervenu et nous a empêché de continuer. Un opposant s'est avéré être un partisan. C'est la réalité que j'ai vécue.

    Même pendant la campagne contre l'acceptation de débris contaminés à Kitakyushu, il était convenable de s'inscrire à la manifestation, mais pas de soutenir la conclusion de l'accord sur la prévention de la pollution.

    J'avais entendu dire que notre dernier espoir était une réclamation de la coopérative de pêche de Kitakyushu, mais quand nous avons demandé à voir le document officiel, j'ai découvert que la coopérative n'avait pas présenté de réclamation. Ou plutôt, la «réclamation » n'a pas été faite en termes clairs. Les manifestants se réunissaient dans le village de tente après que l'incinération des débris contaminés ait commencé, et pendant ce temps, je me rendais auprès d'un certain nombre d'associations de pêche pour leur demander de déposer une "réclamation", mais seulement 2 ont accepté de me rencontrer, et aucune d'entre elles n'a fait de réclamation.

    Si seulement une seule association avait déposé une réclamation, ou si seulement 2 résidents vivant à proximité de l'incinérateur avait fait une demande d'accord sur la prévention de la pollution... Il y avait tellement de pression pour empêcher les gens de prendre de telles mesures, et moi, évacuée de Fukushima, je me sentais en situation d'échec. Après avoir vu la réalité de cette prétendue campagne de "protestation", j'ai perdu tout espoir que Fukushima ne soit jamais "sauvée".

    Tout comme le mensonge éhonté qu'un filtre à particules fines peut éliminer pratiquement 100% du césium, je pense que [le gouvernement] va installer un filtre HEPA et déclarer que Fukushima est sûr, puis construire des usines d'incinération à 8 000 bq[/kg - taux de radioactivité dans les cendres d'incinération] à travers le Japon et des centrales biomasses utilisant le bois de Fukushima.

    L’État a beaucoup d'argent pour empêcher les gens de poser des questions en manipulant les médias, créer une certaine «humeur» dans le pays en publiant de fausses informations, et soutenir des campagnes pour convaincre ceux qui ne sont d'accord, et "encore une fois, nous nous retrouvons sans le savoir par n'être qu'une partie du troupeau".

    Ce que je crois être un véritable lien ne peut être fait en suivant aveuglément les paroles de ceux qui sont "au sommet". Au contraire, il s'agit de nous apprendre les uns aux autres ce que nous ne savons pas, en partageant l'information et en continuant d'apprendre, puis en passant cette connaissance à ceux qui nous entourent. Avec plus de courage, nous pouvons informer les associations de pêcheurs et les personnes résidant à proximité des installations d'élimination des déchets, des incinérateurs de déchets industriels et des cimenteries - établissements que l’État va tenter d'influencer et de contrôler.

    De la même façon que la ville de Kitakyushu a organisé des "rencontres explicatives pour une personne" pour le président de l'association des résidents quand ils ont décidé d'accepter les débris, nous avons besoin de "sessions d'étude pour une personne" pour les résidents locaux, car c'est la seule façon de protéger nos enfants.

    J'ai été trompée par les médias et cela a permis que mes enfants soient exposés aux radiations. Parce que j'étais ignorante et que je n'avais que des connaissances superficielles, je ne pouvais pas protéger mes enfants, malgré que nous ayons évacué. La seule chose que je peux faire, c'est dire aux autres ce que j'ai vécu. J'espère que cela vous aidera à faire les bons choix. Si cela est possible, apprenez et partagez avec les autres.

    Ne vous trompez pas sur les faits. Les faits deviendront évidents si vous avez le courage et prenez l'initiative de penser et d'agir par vous-même.

    Notre dernier espoir se trouve dans la municipalité locale. Nous devons commencer par "l'éducation de résidents", puis la formation des enseignants et des employés municipaux par des résidents informés. C'est le seul choix que nous ayons. J'ai appris de première main qu'il n'y a aucun moyen de protéger mes enfants tant que je n'agis pas, quel que soit le fardeau que cela puisse représenter.

    Peu importe ce que cela me coûte de prendre soin de mes enfants, j'espère continuer à faire du mieux possible."

    Ce texte a été traduit depuis sa version rédigée en anglais. Il s'agit donc de la traduction d'une traduction, ce qui peut entraîner de légers écarts avec l'original.

    Vous pouvez retrouver la version écrite en japonais ici et la version écrite en anglais ici.


    11 commentaires

  • Le président français François Hollande a mis l'accent sur un partenariat avec le Japon sur les questions d'efforts en antiterrorisme pour le développement du nucléaire.

    Hollande a conclu une visite de trois jours au Japon samedi à Tokyo. Il a déclaré aux reporters que le premier ministre Shinzo Abe et lui s'étaient entendus pour tenir des discussions bilatérales régulières. Il a ajouté que si la politique économique de Abe revitalise l'économie japonaise, ce sera dans l'intérêt de l'Europe. Mais il a précisé espérer que l'assouplissement monétaire au Japon n'est pas un mouvement intentionnel en vue de dévaluer le Yen.

    Hollande a aussi fait référence à un consortium de sociétés françaises et japonaises qui aurait remporté le marché d'un projet de centrale électronucléaire en Turquie. Il a assuré que la France avait la technologie nucléaire la plus éprouvée au monde. Et il a ajouté vouloir se joindre au Japon pour promouvoir un développement nucléaire sûr.


    (avec les approximations de traduction habituelles)

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    Tout va pour le mieux, le Nucléaire va grandir, grandir pour le bien de l'Humanité (du moins celle des riches qui ne pensent qu'à l'être encore plus).  Soyons tous heureux de ces accords, dansons de joie avant de périr.

    piscine 4 - haute technologie (1)
    L'association des OGM, des pesticides, du nucléaire civil ET militaire, des armes chimiques, de la recherche en virus résistants aux traitements (pour qu'ils le soient toujours plus) nous assure un avenir serein et heureux pour tous. Enfin pour tous ceux d'un certain milieu très élitiste et qui se prend pour l'élite.

    Bizarrement, il existe des humains qui contestent preuves à l'appui ce modèle dit "de développement" qui développe surtout les difficultés pour un nombre de plus en plus grand non seulement d'humains, mais d'êtres vivants en général. Comment ne pas être reconnaissants envers ces politiciens qui œuvrent chaque jour, chaque seconde, au bien-être de tous et de leurs descendants ? Nous sommes vraiment des ingrats. Et nous le revendiquons.



    (1) On découvre cet assemblage insolite près de la piscine N°4 de Fukushima. De l'eau est évacuée à l'aide de l'un de ces cônes qu'on emploie pour signaler un obstacle routier par exemple. Le cône sert d'entonnoir et est relié à un vague tuyau grâce à... du scotch.

    En revanche sur un côté de la piscine les photos sont trafiquées pour qu'on ne voie pas la base. Y a-t-il là un trou béant, ou ?..... La photo est tirée du dernier billet de Pierre Fetet dans son blog sur Fukushima.

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