• Monsieur Jean-Marc AYRAULT
    Premier Ministre
    57, rue de Varenne
    75007 PARIS


    Orvault, le 8 décembre 2012

    OBJET : projet d'aéroport nouveau à Notre-Dame des Landes


    Monsieur le Premier Ministre,

    Sans doute les personnes sur le terrain, et au premier chef le Préfet de région, vous ont-elles averti de certaines évidences, qui peut-être pour vous ne l'étaient pas quand vous avez repris à votre compte ce vieux projet.

    L'aéroport actuel de Bouguenais ne fermera pas complètement, en raison d'Airbus Industries. Pour le pérenniser, il suffit de changer la direction de la piste, et d'accroître le nombre de parkings avions. C'est incommensurablement moins cher qu'une nouvelle structure, surtout en pleine zone humide, et loin de Nantes. Peut-être cela contrecarrerait-il certains projets immobiliers... mais on n'est pas là pour favoriser des multinationales. Et en tout état de cause, Notre-Dame des Landes serait bien un aéroport nouveau.

    Les défenseurs de la zone concernée, près de Notre-Dame des Landes, ne lâcheront pas. Même les gendarmes mobiles amenés à foison sur le site en sont conscients. C'est aussi vrai que pour la controversée ligne Très Haute Tension Manche-Mayenne, qui risque fort de ne servir à rien si, comme les choses tournent, l'EPR ne réussit pas à être mis en service, même au prix d'un triplement des coûts. Pourquoi donc persister à amener toujours plus de forces venant de toute la France, avec la logistique que cela représente, si c'est... pour rien ? Quelqu'un paiera la note, ce seront les contribuables. Ils s'en souviendront.
    Cela aussi interpelle : une zone avait réussi à rester vierge de spéculations immobilières, ce qui la rendait d'autant plus attrayante en tant que source d'excellents produits laitiers et maraîchers, et renforçait son rôle bénéfique de création d'une nappe phréatique abondante et de qualité pour... les Nantais. Vous tenez donc tant à détruire ces richesses ?

    Sans doute le savez-vous, mais ne voulez pas en tenir compte. L'aéroport actuel est suffisant, et sauf si soudain le nombre de personnes capables financièrement de prendre l'avion grandit de manière vraiment significative - en période de récession économique à long terme ce serait plus qu'étonnant - il restera plus quesuffisant. Vous connaissez les aéroports d'Angoulême-Champniers, de Madrid-Ciudad Real... voudriez-vous ajouter votre projet à ces réalisations ? Ce ne serait pas très intéressant. Après tout, de la gare de Nantes à Roissy, il ne faut que trois heures sans changer de train. S'il faut une heure en voiture pour aller du même endroit à une place de parking payant du côté du lieudit actuel Les Domaines, puisque la liaison ferrée éventuelle n'est pas pour tout de suite, les voyageurs éventuels y regarderont à deux fois. De ce fait, les compagnies lowcost, bien que largement subventionnées grâce à nos impôts, hésiteront à s'y installer. Il y aura moins de vols qu'actuellement à Bouguenais.

    Bien entendu, il faudrait pour avoir le droit d'installer cette nouvelle structure avoir réalisé préalablement les travaux liés aux contraintes de la loi sur l'eau, sans compter les autres recours actuellement en suspens. Bien des frais en perspective, en somme, et pas de certitudes concernant les résultats.

    A la lueur de ces quelques arguments, vous conviendrez bien avec moi que ce projet est bien mal parti : il est encore temps de faire machine arrière ! Sans doute la multinationale demandera-t-elle une compensation, à une affaire qui jusqu'à présent ne lui a pas coûté bien cher, mais face à ce gouffre cela ne peut être que peu de chose.

    En tant que citoyen concerné par tous les sujets politiques (les vrais, pas ceux de la politique politicienne), je vous réitère mon avertissement,

    Et vous prie d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de ma considération distinguée.

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  • Penchons-nous sur une certaine convergence. Celle entre Florange et Notre-Dame des Landes. Ah non, cela ne vous interpelle pas ?

    D'un côté, une multinationale et son emblématique patron joue avec un outil industriel, joue avec les acteurs de terrain qui font vivre cet outil : pour lui, son seul critère est le profit, et un profit à court terme. Peu lui importe que cet outil soit essentiel, qu'il soit performant, que sa production soit excellente.

    De l'autre, une multinationale a investi un outil agricole, simplement pour le détruire et le remplacer par une simple plate-forme, d'où peut-être décolleraient des vecteurs de déplacement pour riches. Peu lui importent les humains qui sont impliqués dans le modèle actuel, peu lui importent leurs productions, peu lui importe que leur besogne contribue à l'équilibre écologique de la région. Cette multinationale a l'intention de faire du profit, beaucoup de profit, le reste n'est que détails sans importance.

    D'un côté, les hommes (au sens générique) qui accomplissent les tâches permettant à l'outil de fonctionner pour le bien de tous sont révoltés de voir cette belle machine bloquée par le caprice d'un milliardaire lointain.

    De l'autre, des gens de terrain, acteurs depuis longtemps, mais aussi des occupants plus récents, sont révoltés de voir leur belle terre souillée par une lointaine machine à broyer.

    Dans les deux cas, c'est le profit d'anonymes qui prime sur la vie, sur la fraternité. Une totale aberration.

    Dans les deux cas, c'est un État au plus haut niveau complètement hors de son rôle qui permet ces aberrations. C'est lui qui a orienté le choix non vers une solution plus conviviale, avec Severstal, mais vers l'offre hostile du roi de l'acier indien. C'est lui qui a poussé à la construction d'un aéroport alors que le dossier était presque oublié. Dans les deux cas c'est directement le plus haut niveau, le duo président-premier ministre, qui supervise directement les dossiers.

    On notera que, à chaque fois, les arguments des opposants, fussent-ils ministres, ne comptent pas. L'impression est d'un rouleau compresseur associant des financiers avec des politiciens. La violence n'est pas exclue envers les défenseurs, et ce quoi qu'il en coûte.

    Face à ces cas si semblables dans leurs effets ( la déstabilisation de toute une région), la seule solution serait sans doute une reprise en main par les simples citoyens de leur destinée, en boutant politiciens et multinationales malgré leur possession de la force, faute de droit légitime.

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  • AFP le 27-11-2012 à 15h55 - Mis à jour à 16h05

    PARIS (AFP) - Jean-Marc Ayrault met en garde dans Le Point à paraître jeudi ses alliés écologistes, tentés selon lui de "s'associer" contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes à "des anarcho-autonomes qui font de la casse à chaque sommet international".

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     "On ne va tout de même pas tomber dans la décroissance!", s'emporte-t-il.



    Et les multinationales, elles ne font pas de la casse ? Et à une tout autre échelle ? Il suffit de voir les catastrophes causées par les grandes boîtes du pétrole, sciemment comme pour le gaz de schiste (voir au Canada, en Alaska et en Pennsylvanie), ou par imprudence délibérée comme ce qui est arrivé à l'une d'elles récemment dans le golfe du Mexique. Il suffit de voir l'impact sur l'Amazonie des déboisements démentiels, de l'orpaillage, sans que le gouvernement concerné ne réagisse vraiment. Le bétonnage à haute dose aussi comporte de vrais risques environnementaux. Pour rappel, actuellement tous les dix ans la France perd l'équivalent de la superficie d'un département en terre cultivables remplacées par des routes, des aéroports, des constructions habitables ou industrielles.  Un tel rythme ne saurait durer longtemps.

    La décroissance ?  Il va bien falloir y arriver. Cela ne signifie pas le retour à l'araire et la chandelle, mais un bien plus grand respect de cette Terre que nos enfants nous prêtent en attendant d'en bénéficier à leur tour.

    Alors quand, face à des voix de plus en plus unanimes contre son projet d'aéroport inutile, l'ancien maire de Nantes laisse éclater sa colère, il n'est pas certain qu'il soit bien dans son rôle de gardien de l'avenir de tous. Peut-être un roi du béton le tient-il en otage. Dans ce cas, la meilleure façon pour lui de regagner l'estime de ses compatriotes serait sans doute de démissionner. Mais peut-être pour lui est-il déjà trop tard.

    En revanche, pour l'aéroport, il n'est pas trop tard pour tout arrêter, puisque les travaux sur le terrain ne sont pas commencés, et ne sont pas près de l'être.





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  • Une affirmation en forme de mantra ? Jean-Marc Ayrault a fait cette déclaration hier indiquant que l'aéroport de Notre-Dame des Landes "se fera".  Tout dans sa vision, et même si l'agglomération nantaise va bien entendu croître encore (peut-être au détriment de cette douceur de vivre souvent avancée jusqu'à présent), il ne veut pas admettre que l'avion n'est pas un jouet, et que de plus en plus de citoyens ne pourront plus se l'offrir. Les exemples de terrains devenus inutiles, ou jamais vraiment opérationnels, ne manquent pas, que ce soit à Champniers près d'Angoulême, ou dans de nombreuses régions espagnoles.

    C'est d'autant plus incohérent que l'aéroport de Château-Bougon, à Bouguenais au sud de Nantes, ne pourra pas fermer puisque l'usine Airbus le jouxtant continuera à l'utiliser, et que d'autres sociétés de fret feront de même.

    Cette déclaration comporte aussi des inexactitudes. Ainsi cette phrase " Quand les décisions sont prises, quand tous les recours sont épuisés, la loi doit être respectée " passe sous silence deux points importants. D'une part, les recours ne sont pas épuisés. Il en reste deux en cours, y compris au niveau européen. Et les spécifications concernant la loi sur l'Eau auront beaucoup de mal à être satisfaites, alors que 90% de cette superficie est une zone humide, avec des contraintes très fortes. Le premier ministre voudrait-il s'asseoir sur les lois européennes ?

    C'est pourquoi j'ai parlé de mantra. Cela va plus loin que la méthode Coué, c'est une façon de se rassurer en profondeur. Il a repris à son compte un projet dont les premiers jalons datent d'il y a quarante-cinq ans, mais qui s'était effondré, avait été complètement enterré. Des parcelles avaient même été achetées par le conseil général. Celles-ci, parce qu'elles étaient tombées en friche, sont aujourd'hui la source d'une biodiversité exceptionnelle. A l'heure où le béton (aéroports, routes, maisons, immeubles) avale un département français tous les dix ans, c'est une richesse insigne.

    Chose amusante, afin de compenser cette perte, le bétonneur de service se propose de transplanter grenouilles, tritons et autre bovins (rions un peu) dans des mares creusées à la hâte. On peut imaginer le résultat.  Si ces mares sont créées maintenant, les animaux y migreront naturellement... si le constructeur veut bien attendre dix ans ! Les y déposer maintenant, après les avoir attrapés (j'en ris d'avance) est un moyen sûr de les condamner. Une telle idée ferait sourire, si ce n'était aussi désespérant.

    L'homme de l'Élysée va-t-il faire preuve de bons sens, et morigéner son bras droit afin de lui faire entendre raison ? Quelque chose me dit que non, et qu'il continuera à le soutenir, comme il soutient tous les projets (et rien que ceux-là) les plus néolibéraux. A ce train-là, ils tomberont tous les deux.

    Tenez, rien que pour le "plaisir" et en guise de boutade, voici comment un bétonneur bétonne un projet peint en vert (oui, même l'herbe est peinte en vert, comme le tarmac, les toits, les feux rouges  et les parkings). J'en suis vert.



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  • Le 17 novembre 2012, pour contrer la récente Opération César, une Opération Astérix a secoué cette vieille campagne ô combien profonde de notre-Dame des Landes. Pourquoi des Landes ? Parce que cette région difficile d'accès ne fut mise en valeur que récemment, afin d'y installer un élevage de grande qualité sur un sol que ne demandait que cela. Comme la Lande de Lanvaux un peu plus au nord, c'était un lieu sauvage, mais bien plus humide, où  réussirent à se créer des prairies, entrecoupées de haies et d'arbres pour maintenir et assainir le sol. C'est cet écosystème plus que centenaire, impropre à toute autre mise en valeur, que le roi du béton veut détruire. Le pire endroit pour installer un aéroport, c'est là. Loin de tout, gorgé d'eau, ce sol se défendra contre les ingérences bétonnières en coûtant des fortunes à simplement dégager.

    C'est pourquoi les habitants de ce coin privilégié, beau et charmeur, veulent tant le défendre. Et le 17 novembre....


     

     Bien entendu, cela continue. Juridiquement, rien n'est joué encore. Et reste en suspens la très difficile satisfaction de la loi sur l'Eau, très difficile dans ce contexte-là. On notera que les participants à la Reconstruction avaient des bottes : ce n'était pas pour le folklore !

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